30 Septembre 2020
Ce poème, le plus ancien de la langue hongroise, est une adaptation libre d'un hymne latin de Geoffroi de Breteuil. On pense qu'il a été composé dans un couvent italien, vers 1300, par un prédicateur dominicain hongrois.
La complainte de Marie
J'ignorais les ennuis
Et j'en souffre aujourd'hui,
Je suis toute meurtrie.
Le Juif m'a dérobé
Mon fils, mon bien-aimé,
Mon seigneur adoré.
O gracieux agnelet,
O tendre enfantelet,
Ta mère est dans les pleurs,
Apaise sa douleur.
Je ne peux que pleurer,
Mon pauvre cœur chancelle,
Ce cœur va trépasser
De ton sang qui ruisselle.
O toi, monde des mondes,
Fleur de toutes les fleurs,
On te couvre de honte,
On te perce le cœur.
Malheur, fils éternel
Aussi doux que le miel !
O mon fils languissant,
Dont l'eau a pris le sang !
Ma peine, ma douleur
Sont montés jusqu'au ciel.
Tout au fond de mon cœur
Mon deuil est éternel.
Mort, prends-moi dans ta ronde,
Épargne l'agneau doux,
Petit Seigneur du monde
Qu'on adore à genoux.
Siméon était sage :
La peine est un couteau,
J'ai reçu son message,
Il me perce la peau.
Le juge a décidé
Que de moi fît tranché
Ce fils qui a souffert
Malemort sous le fer.
O Juif, ton jugement
Condamne un innocent.
Les verges, les épines
Et le fer l'assassinent.
Je demande sa grâce,
Sa grâce et non la mienne.
Ou faites que trépasse
Dans la même géhenne
Le doux fils et sa mère.
(vers 1300)
Traduction Lucien Feuillade.